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Travail social 2020-04-22

Une étudiante en Travail social, en stage au Sénégal, témoigne de son expérience

Dans le cadre du programme de Travail social, cinq étudiantes et étudiants ont fait un stage final crédité, à Dakar, au Sénégal, du 7 janvier au 25 mars. Prenez note que les étudiantes et les étudiants qui participaient à des activités à l’étranger ont été rapatriés en raison de la COVID-19.

Il s’agit de Sandrine Gagnon, Laureine Mbiya Muteba, Jasmine Chrétien, Guillaume Babin et Marie Christine Larouche. Leur stage s’est déroulé dans trois milieux différents et tout au long de leur séjour, les stagiaires ont vécu dans des familles d’accueil sénégalaises afin de vivre une immersion complète et de comprendre la réalité culturelle. Retrouvez ci-dessous le troisième témoignage de Marie Christine Larouche. Voyez son premier récit de voyage ici et son deuxième ici.

« Salut Sénégal,

Je t’écris d’un peu plus loin aujourd’hui et là je parle d’une plus grande distance démographique, mais non pas émotionnelle. La Covid-19 a décidé que notre aventure s’arrêterait subitement. Même si cette séparation est nécessaire, elle n’est pas moins difficile.

Bien joué Sénégal, si le plus grand apprentissage que j’ai réalisé à tes côtés est que je ne possède aucun contrôle sur les évènements, tu t’es assuré que j’assimile bien la leçon jusqu’à la toute fin. Dans les précipitations du départ, je me suis tout de même préoccupée d’amener des bouts d’Afrique de l’Ouest avec moi.

De retour chez moi, j’ai déposé sur ma table, deux petits verres et un gros pot de thé Jasmine, du sucre et de la menthe. Je me disais que je pourrais reproduire cette recette bien de chez toi, qu’elle me réconforterait lorsque tu me manquerais. Une gorgée à la fois, je me sentirais plus proche de toi.

J’ai eu la prétention de croire que je pouvais recréer ce grand bonheur que j’ai partagé avec toi dans le contenu de cette toute petite tasse. Je constate que j’étais bien naïve. Ce n’est pas le liquide en soi qui fait que ce thé nous réchauffe, mais une multitude de choses. C’est cette fameuse « terranga » qui se dégage de chaque effluve s’évaporant de la théière qui mijote sur le réchaud au propane. C’est aussi tes traditions, les rituels et ce désir d’être en contact avec les gens ainsi que toutes ces discussions animées.

Pour moi, c’est le sourire en coin de mon petit frère et mon ami. Ce sourire un peu timide qui se demande en quoi nous, les « toubabs », sommes autant fascinés par tout ce qui nous entoure. C’est l’agitation des enfants en arrière-plan qui ne sont toujours pas couchés malgré l’heure tardive. C’est l’humidité de la pièce et du bien-être qui nous enveloppe. C’est la présence simple, mais grandiose de la jeune Abibatou de ma famille sénégalaise qui a maintenant une place particulière dans mon cœur.

Ici, sur ma table, il ne reste que trois ingrédients et un souvenir. Souvenir, aussi frais que la menthe récemment procurée, rapidement, sous les néons des grandes surfaces. Un souvenir que je refuse de laisser partir, que je refuse de laisser fondre comme le sucre au contact de l’eau bouillante. Étape pourtant essentielle à une dégustation réussie de ce thé que je chéris.

Je sais Sénégal, c’est toute une histoire pour une si petite tasse de thé. C’est que, cette histoire réside dans chacun de tes faits et gestes, dans chacun des apprentissages, des défis résolus, des résiliations, des hésitations, des certitudes dissoutes, des « au revoir ». C’est toute une histoire qui réside dans toutes ces choses invisibles et intangibles que toutes les valises du monde ne pourraient contenir et déposer sur ma table ».

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