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Travail social 2018-02-22

Témoignage de Étienne Léonard-Gemme et Mathieu Poliquin, étudiants en Travail social, présentement à Dakar — Les Occidentaux en Afrique

« Pour bien comprendre les spécificités de notre aventure, il est important de se questionner sur les différents enjeux historiques et sociologiques qui ont modelé notre monde tel qu’on le connait. 

Dans le contexte de la colonisation et du pillage des ressources (humaines et matérielles) du continent africain et le complexe de supériorité des Occidentaux, l’expérience que nous vivons est loin d’être vide de sens. Nous devons être sensibles à ces enjeux sous-jacents, mais importants ; il faut s’informer, observer et adopter une attitude de non-jugement pour faire face à ce défi que représente l’historique que nous partageons avec ces gens.

On dit, en travail social, qu’il est important d’être en ouverture, de laisser ses croyances, valeurs, préjugés et premières impressions de côté lorsque l’on intervient avec des individus. Ce principe est davantage important ici en Afrique, alors que les perceptions des Sénégalais peuvent être totalement méconnues de l’intervenant occidental. Par exemple, comment est-il possible d’intervenir auprès de gens qui pratiquent la polygamie alors que dans notre propre pays, celle-ci est illégale? Il en est de même, dans le cas où l’on voit un intervenant corriger physiquement un enfant. Il est donc important d’être ouvert à l’autre, à sa culture, nous sommes chez eux pour vivre une expérience formatrice en échange interculturel et c’est justement la rencontre des deux cultures qui permet d’évoluer, de questionner ce que les Occidentaux croient comme étant la seule vérité et éviter tout jugement.

Les Blancs sont perçus, en Afrique, comme un symbole de richesse. On veut attirer notre regard dans les marchés et nous vendre des produits pour des prix incroyablement élevés. Les jeunes talibés, ces garçons vivant dans des pensionnats coraniques traditionnels ou daaras, sont forcés par leurs maîtres coraniques, connus sous le nom de marabouts, à mendier chaque jour leur quota d’argent, de riz ou de sucre, viennent automatiquement vers nous pour nous demander quelques francs avec beaucoup d’espoir dans les yeux.  

Certains hommes sont prêts à nous vendre la main de leur fille qui a pourtant près de la moitié de notre âge. Il y a aussi des hommes qui vont faire des demandes en mariage aux femmes blanches après quelques minutes passées à leurs côtés, sans vraiment les connaitre.

À la rencontre d’un Occidental, on remarque que les Africains supposent généralement deux possibilités : soit on vient en voyage de tourisme, soit on vient pour faire de l’aide humanitaire. Ils sont souvent surpris de constater que dans notre cas, c’est pour un stage dans le cadre de notre formation en Travail social. Ils sont alors impressionnés de savoir qu’il est possible pour nous de faire des apprentissages dans leur pays qu’ils considèrent eux-mêmes comme « sous-développé » ou « en voie de développement » et que le travail social, bien que différent, s’est développé au Sénégal.

En somme, les interactions que nous vivons avec les Sénégalais sont constamment teintées par ce contexte. Les biais de ces deux peuples diamétralement opposés auront toujours une incidence sur les rapports que nous entretenons, indépendamment de l’objectif de chacun. »

- Étienne Léonard-Gemme et Mathieu Poliquin